L’or chute de 2 % en séance avant de franchir les 4 200 $: quel impact l’accord États-Unis-Iran aura-t-il sur la valorisation des actifs refuges ?

Marchés
Mis à jour: 22/06/2026 11:56

Le 22 juin 2026, l’or au comptant a réalisé un spectaculaire retournement en V, digne d’un manuel de marché.

Lors de la séance asiatique du matin, l’or a prolongé sa série de trois séances consécutives de baisse. Les pertes intrajournalières se sont creusées jusqu’à atteindre 2 %, le prix tombant à un plus bas de 4 121,79 $ l’once — son niveau le plus bas depuis le 11 juin.

Mais la suite a pris le marché de court. L’annonce d’un accord entre les États-Unis et l’Iran a fait bondir les cours de l’or et de l’argent. À 9h30, l’or au comptant franchissait la barre des 4 200 $, s’échangeant à 4 208 $ l’once, en hausse de 1,27 % sur la journée. La progression s’est poursuivie, l’or atteignant brièvement 4 221,13 $ l’once et franchissant le seuil clé des 4 220 $. Selon les données de marché de Gate, l’or (XAU) a enregistré un sommet sur 24 heures à 4 221,59 $.

Depuis le plus bas intrajournalier de 4 121 $ jusqu’au sommet de 4 221 $, l’or a rebondi d’environ 100 $ en quelques heures seulement. Cette variation de prix a non seulement effacé toutes les pertes de la semaine précédente, mais a également permis à l’or de repasser au-dessus du seuil psychologique majeur des 4 200 $.

Pourquoi les 18 heures de négociations américano-iraniennes ont-elles été le « déclencheur de prix » pour l’or ?

Le moteur de ce retournement en V a été le marathon de 18 heures de négociations entre les États-Unis et l’Iran.

Selon les médias iraniens du 22 juin, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Baghaei, a confirmé qu’un accord avait été trouvé après 18 heures de discussions. Le texte sera officiellement publié par deux médiateurs — le Qatar et le Pakistan. Un communiqué conjoint de ces deux pays a confirmé que le premier cycle de discussions de haut niveau s’était achevé en Suisse, les deux parties visant à conclure un accord de paix définitif sous 60 jours.

Les éléments centraux de l’accord comportent plusieurs points clés : toutes les parties ont convenu de créer un comité de haut niveau chargé de superviser politiquement les efforts de médiation, les négociateurs en chef devant rendre compte régulièrement à ce comité ; le comité s’est accordé sur un calendrier de 60 jours pour parvenir à un accord final ; et toutes les parties ont accepté de mettre en place un groupe de coordination pour la résolution des conflits entre les parties concernées et la République du Liban, dans le but de mettre fin aux opérations militaires au Liban conformément au mémorandum d’entente.

Pour le marché de l’or, cet accord est bien plus qu’un simple document diplomatique. Jusqu’alors, les anticipations de marché concernant les discussions américano-iraniennes avaient fluctué à plusieurs reprises — de la signature d’un mémorandum de cessez-le-feu à l’annulation des pourparlers suisses, en passant par des revers de négociation et des déclarations fermes de la part des États-Unis. Chaque évolution des attentes s’est traduite directement par une volatilité des cours de l’or. L’accord a ainsi apporté une « réponse » temporaire à l’incertitude géopolitique persistante, poussant le marché à revaloriser les actifs refuges.

De 4 121 $ à 4 220 $ : comment l’actualité géopolitique a redéfini la logique de valorisation à court terme de l’or

Pour comprendre ce retournement en V, il est essentiel de saisir la sensibilité accrue du marché de l’or aux développements géopolitiques.

Ces derniers jours, la baisse de l’or ne s’expliquait pas par la disparition du risque géopolitique, mais par une modification de la façon dont ces risques étaient intégrés dans les prix. L’approche du marché face aux tensions au Moyen-Orient est passée du simple réflexe « acheter de l’or pour se protéger » à une chaîne macroéconomique plus large : « hausse du pétrole — anticipation d’inflation — probabilité accrue de relèvement des taux par la Fed — anticipation de hausse des taux réels ». Dans ce schéma, le conflit géopolitique, en faisant grimper les prix de l’énergie, renforçait en réalité les attentes de hausse des taux et exerçait une double pression sur l’or.

Mais l’accord du 22 juin a rompu cette chaîne. Il a provoqué une forte baisse des prix internationaux du pétrole — le WTI est passé sous les 76 $ le baril, effaçant presque toutes les primes de risque géopolitique accumulées depuis le début du conflit américano-iranien. Ce repli du pétrole a atténué les craintes d’inflation et de relèvement des taux, affaiblissant la pression qui pesait sur l’or via le mécanisme « pétrole-inflation-taux ». Parallèlement, l’accord a signalé un apaisement temporaire du risque géopolitique, sans pour autant provoquer une sortie massive des actifs refuges. Au contraire, l’or au comptant est remonté autour de 4 220 $, preuve que les flux de couverture n’ont pas totalement disparu.

L’articulation de ces deux forces — l’allègement de la pression liée au pétrole et la revalorisation du risque géopolitique extrême — a constitué le moteur central du rebond en V de l’or, de 4 121 $ à 4 221 $.

Pourquoi le caractère « option géopolitique » de l’or est-il particulièrement marqué dans le contexte actuel ?

Ce retournement en V illustre un point clé sur la dynamique de valorisation de l’or : dans l’environnement macroéconomique actuel, l’or présente de plus en plus les caractéristiques d’une « option géopolitique ».

On entend par « option géopolitique » la réaction asymétrique du prix de l’or face à l’incertitude géopolitique : lorsque l’incertitude augmente, le prix de l’or grimpe ; lorsqu’elle se dissipe, l’or ne rend pas nécessairement tous ses gains et peut même trouver de nouveaux soutiens via des effets de second tour. Le mouvement du 22 juin en est un exemple type : avant l’accord, l’or subissait la pression de la chaîne « pétrole-inflation-taux » ; après l’accord, la baisse du pétrole a réduit les craintes de relèvement des taux, offrant un nouvel élan à l’or.

Plus en profondeur, le marché de l’or est tiraillé entre deux forces opposées. D’un côté, les signaux restrictifs du nouveau président de la Fed, Walsh, et la remontée des anticipations de hausse des taux continuent de peser structurellement sur l’or. Goldman Sachs a d’ailleurs abaissé son objectif de cours pour fin 2026 à 4 900 $ l’once, soit une réduction de 500 $. De l’autre, l’incertitude géopolitique structurelle au Moyen-Orient n’a pas été levée par un simple accord : l’Iran a clairement indiqué qu’il ne reviendrait pas au format des « discussions à quatre », les prochaines négociations devant se tenir via des médiateurs et des équipes techniques. Ce « repli de l’engagement politique » signifie que l’incertitude pourrait persister plus longtemps.

Pris entre ces deux dynamiques, la sensibilité de l’or à l’actualité géopolitique s’est nettement accrue. La moindre évolution dans les négociations peut entraîner de fortes variations à court terme — c’est la prime de l’« option géopolitique ».

Bitcoin reste à l’écart du rallye refuge : performances divergentes lors de cette crise géopolitique

Alors que l’or a opéré son retournement en V, le Bitcoin a suivi une trajectoire bien différente.

Le 22 juin, le Bitcoin est resté sous pression lors de la séance asiatique, passant brièvement sous le seuil des 64 000 $ et touchant un plus bas à 63 312 $. Au moment de la rédaction, le BTC évoluait entre 63 600 $ et 64 100 $. Si le marché des cryptomonnaies a rebondi dans le sillage de l’accord, le Bitcoin atteignant 64 615 $ — soit plus de 1 000 $ de hausse sur la journée —, il n’a toutefois pas affiché la même réaction refuge que l’or.

Cette divergence n’a rien de fortuit. Depuis 2026, les données montrent une dissociation fondamentale entre l’or et le Bitcoin en tant qu’actifs refuges. L’or reste la « devise refuge » par excellence, performant lors des crises géopolitiques ou systémiques. Le Bitcoin, à l’inverse, se comporte davantage comme un actif à bêta élevé ou sensible à la liquidité, évoluant au gré de l’appétit pour le risque et des marchés actions américains, et chutant souvent avec les actions lors des phases de panique. En février 2026, la corrélation glissante sur un an entre l’or et le Bitcoin est devenue négative, à -0,17. Les deux actifs ne réagissent donc plus aux mêmes facteurs macroéconomiques et offrent désormais une véritable diversification.

La crise géopolitique actuelle confirme cette dissociation. En période d’incertitude, les investisseurs privilégient l’or comme réserve de valeur. Le Bitcoin, lui, subit la pression d’une liquidité plus contrainte et d’un appétit pour le risque en baisse. Cette différence de comportement reflète la distinction que fait le marché entre les différentes catégories d’actifs refuges : l’or est perçu comme une couverture géopolitique, tandis que le Bitcoin reste un actif à risque sensible à la liquidité.

Après le retournement en V : que signifie la zone d’affrontement 4 150 $ – 4 220 $ pour l’or ?

Malgré ce spectaculaire retournement en V, l’or n’a pas dégagé de tendance directionnelle claire.

Après la signature de l’accord, le marché n’a pas enchaîné sur un rallye unilatéral. L’or est rapidement revenu dans une zone d’affrontement comprise entre 4 150 $ et 4 220 $. Cette fourchette est significative : 4 150 $ constitue un support technique après la récente correction, tandis que 4 220 $ fait office de résistance temporaire alimentée par la nouvelle de l’accord.

Ce schéma de marché en range traduit la lutte entre acheteurs et vendeurs. Les optimistes estiment que l’accord américano-iranien ne signifie pas la disparition des risques géopolitiques : l’Iran refuse de revenir aux discussions à quatre, les États-Unis maintiennent une rhétorique menaçante et la mise en œuvre du cessez-le-feu au Liban reste incertaine. Autant de facteurs qui laissent la porte ouverte à un regain de risque extrême. Les pessimistes, eux, considèrent que la véritable force directrice pour l’or à moyen terme reste la perspective de hausses de taux de la Fed : si ces anticipations se renforcent, l’or subira davantage de pression que ce qu’un soutien géopolitique ponctuel peut offrir.

Dans une perspective plus large, l’or n’est pas valorisé selon une seule dimension, mais à l’intersection de deux thématiques majeures : la géopolitique et la politique monétaire. Toute évolution sur l’un de ces deux fronts pourrait rompre l’équilibre actuel. Dans les prochaines semaines, le marché surveillera de près deux variables : l’avancée concrète des discussions techniques américano-iraniennes et les prochains signaux sur la trajectoire des taux de la Fed.

Les risques persistent en arrière-plan : trois incertitudes que l’accord n’a pas levées

Si l’accord constitue un signal positif, le marché ne doit pas sous-estimer les risques persistants.

Premièrement, le mécanisme de mise en œuvre de l’accord est fragile. Le document a été publié par les médiateurs qataris et pakistanais, et non cosigné par les États-Unis et l’Iran. Ce choix reflète une absence de confiance politique directe entre les deux parties — un risque fondamental pour la pérennité de l’accord.

Deuxièmement, le cadre de négociation a été dégradé. L’Iran a indiqué qu’il ne reviendrait pas au format des « discussions à quatre », les prochains échanges devant se tenir via des médiateurs et des équipes techniques. Cette approche « à faible visibilité » réduit certes le risque de confrontation médiatique, mais rend aussi plus difficile le suivi des progrès par le marché et leur intégration en temps réel dans les prix.

Troisièmement, les États-Unis continuent d’émettre des menaces. Durant les négociations, Trump a averti l’Iran sur les réseaux sociaux que si le Hezbollah poursuivait ses attaques contre Israël, les États-Unis frapperaient l’Iran. Cette dynamique de « parler et menacer » montre que les risques extrêmes n’ont pas disparu — ils sont simplement masqués temporairement par les annonces positives.

Pour le marché de l’or, ces trois incertitudes laissent penser que la phase de consolidation actuelle pourrait durer. Les oscillations de l’or entre 4 150 $ et 4 220 $ ne sont peut-être pas un simple épiphénomène, mais le reflet le plus fidèle de la complexité actuelle : « l’accord est signé, mais les risques demeurent ».

Synthèse

Le 22 juin 2026, l’or au comptant a opéré un retournement en V en moins de 24 heures, rebondissant d’un plus bas intrajournalier de 4 121 $ à un sommet de 4 221 $. Le catalyseur a été un accord entre les États-Unis et l’Iran, conclu après 18 heures de négociations, qui a provoqué une chute des prix du pétrole, atténué les craintes de relèvement des taux et revalorisé le risque géopolitique extrême. Cet épisode illustre le caractère de plus en plus marqué de « l’option géopolitique » pour l’or : sa réaction de prix face à l’incertitude géopolitique est asymétrique. Dans le même temps, le Bitcoin n’a pas affiché de réaction refuge comparable à celle de l’or, confirmant la divergence fondamentale de profil de risque entre les deux actifs. À l’avenir, la fragilité de la mise en œuvre de l’accord, le cadre de négociation dégradé et la poursuite des menaces américaines pourraient maintenir l’or dans une zone d’affrontement entre 4 150 $ et 4 220 $. L’interaction entre géopolitique et politique monétaire restera le principal moteur de la valorisation à court terme de l’or.

FAQ

Q1 : Quels ont été les points bas et hauts intrajournaliers de l’or au comptant le 22 juin ?

Selon les données de marché, l’or au comptant a touché un plus bas intrajournalier de 4 121,79 $ l’once et un plus haut de 4 221,59 $ l’once.

Q2 : Quelle nouvelle a déclenché le retournement en V de l’or ?

L’Iran et les États-Unis sont parvenus à un accord après 18 heures de négociations, le texte ayant été publié par les médiateurs qataris et pakistanais. L’accord prévoit un calendrier de 60 jours pour un accord de paix définitif, un mécanisme de résolution du conflit au Liban et des exemptions pour les exportations de pétrole iranien.

Q3 : Pourquoi l’or a-t-il progressé après la conclusion de l’accord ?

L’accord a provoqué une forte baisse des prix internationaux du pétrole, apaisant les inquiétudes du marché sur la chaîne « hausse du pétrole — inflation — relèvement des taux par la Fed ». Dans le même temps, les risques géopolitiques extrêmes n’ont pas été totalement levés, de sorte que les flux vers les actifs refuges n’ont pas quitté le marché.

Q4 : Comment le Bitcoin s’est-il comporté lors de cette crise géopolitique ?

Le Bitcoin est brièvement passé sous les 64 000 $ lors de la séance asiatique, touchant un plus bas à 63 312 $. Bien qu’il ait rebondi après l’annonce de l’accord, il n’a pas affiché le même comportement refuge que l’or.

Q5 : En quoi l’or et le Bitcoin diffèrent-ils en tant qu’actifs refuges ?

L’or est l’actif refuge classique, performant lors des crises géopolitiques. Le Bitcoin se comporte davantage comme un actif à bêta élevé, très sensible à l’appétit pour le risque et aux conditions de liquidité. Leur corrélation glissante sur un an est devenue négative en février 2026.

Q6 : Quels sont les principaux risques pour l’or à l’avenir ?

Trois risques majeurs subsistent : la fragilité du mécanisme de mise en œuvre de l’accord (puisqu’il a été publié par des médiateurs, et non signé conjointement), le cadre de négociation dégradé et à faible visibilité, et la poursuite des menaces américaines, ce qui signifie que les risques géopolitiques extrêmes n’ont pas disparu.

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