En juin 2026, le marché des cryptomonnaies et le secteur technologique connaissent tous deux d’intenses réévaluations de prix. Selon les données de marché de Gate, le Bitcoin (BTC) a clôturé à 62 422,0 $ au 23 juin, en baisse de 2,88 % sur 24 heures, avec une chute cumulée de 7,63 % sur 7 jours, un recul de 33,74 % sur un an et une capitalisation boursière d’environ 1 250 milliards de dollars. Parallèlement, du côté de la finance traditionnelle, l’informatique quantique s’impose comme un point focal pour les capitaux institutionnels. Le 22 juin, UBS a publié un rapport de recherche prévoyant que l’Avantage Quantique—le moment où les ordinateurs quantiques surpasseront les superordinateurs classiques pour résoudre des tâches concrètes—pourrait être atteint aux alentours de 2039.
Si ce calendrier se veut un peu plus prudent que celui de certains optimistes du secteur, l’évaluation d’UBS offre aux marchés financiers une référence chiffrée à long terme. Plus important encore, le rapport identifie spécifiquement quatre entreprises pure players de l’informatique quantique à surveiller de près par les institutionnels : IonQ (IONQ), D-Wave Quantum (QBTS), Rigetti Computing (RGTI) et Quantum Computing Inc. (QUBT). Dans le même temps, UBS souligne que les grands groupes technologiques tels qu’IBM, Alphabet (Google), Microsoft, Amazon et Nvidia sont également fortement engagés dans la construction d’infrastructures quantiques, offrant ainsi aux investisseurs un profil risque/rendement très différent.
Avantage Quantique en 2039 : la logique centrale de l’évaluation UBS
La prévision d’UBS d’un avantage quantique en 2039 ne repose pas sur une percée technologique isolée. Elle s’appuie plutôt sur l’accumulation progressive de valeur commerciale générée par l’informatique quantique dans divers scénarios d’application. Le rapport met en avant le potentiel majeur dans la biopharmacie : si l’IA a déjà permis d’accélérer la découverte de médicaments, l’informatique quantique pourrait repousser encore davantage ces limites—en simulant des modèles moléculaires et des réactions chimiques trop complexes pour les systèmes classiques.
Atushi Seki, analyste pharmaceutique basé au Japon chez UBS, souligne que l’informatique quantique pourrait réduire la phase de présélection des candidats médicaments de 4 à 5 ans traditionnellement, avec des coûts supérieurs à 100 millions de dollars, à seulement 12 à 18 mois et un budget de 3 à 5 millions de dollars. Si cet objectif est atteint, le gain d’efficacité transformerait en profondeur le modèle économique de la R&D pharmaceutique. Au-delà de la biopharmacie, UBS identifie également l’IA, la cybersécurité et le calcul haute performance comme de grands bénéficiaires potentiels de l’avantage quantique.
D’un point de vue technique, la prévision d’UBS pour 2039 s’inscrit dans la fourchette des estimations du secteur. Certains scénarios plus optimistes situent l’avantage quantique au début des années 2030, tandis que d’autres le repoussent au-delà de 2040. Le calendrier d’UBS n’est donc ni excessivement optimiste ni trop conservateur : il fournit une référence institutionnelle permettant aux investisseurs d’évaluer les actifs liés à l’informatique quantique dans un cadre relativement clair à long terme.
Il convient de noter que les analyses antérieures d’UBS avaient déjà identifié IBM, Alphabet et Microsoft comme des leaders du secteur quantique. Le processeur Willow de Google Quantum AI (105 qubits) a démontré une accélération exponentielle sur certaines tâches de calcul, tandis que le processeur Heron d’IBM (156 qubits) est déjà utilisé dans des applications de chimie moléculaire. Ces avancées technologiques constituent le socle de la vision d’UBS.
Quatre actions pure players quantiques : fondamentaux financiers et positionnement de marché
Les quatre actions de l’informatique quantique mises en avant par UBS diffèrent par leurs modèles économiques, leurs approches technologiques et leurs performances financières, mais partagent des caractéristiques communes : forte croissance, pertes élevées et volatilité importante des valorisations.
IonQ (IONQ) est actuellement la plus grande entreprise pure player du secteur quantique en termes de chiffre d’affaires. Au premier trimestre 2026, IonQ a enregistré un chiffre d’affaires GAAP de 64,7 millions de dollars, soit une hausse de 755 % sur un an, et a relevé sa prévision annuelle à 260–270 millions de dollars. Au 23 juin, IONQ clôturait à 58,905 $, avec une fourchette intrajournalière de 55,53 $ à 61,99 $ et une capitalisation d’environ 21,769 milliards de dollars. Selon la dernière enquête FactSet, l’objectif médian parmi 11 analystes est passé de 65 à 70 $, avec un maximum à 100 $ et un minimum à 48,5 $. Sur 13 analystes, 10 sont à l’achat, 2 neutres et 1 prudent. Toutefois, les multiples de valorisation d’IONQ sont remarquables : un ratio cours/chiffre d’affaires d’environ 99x, une perte d’EBITDA ajusté de 97 millions de dollars au T1 et un flux de trésorerie d’exploitation négatif de 151 millions de dollars. Le PER glissant atteint 648x, et son bêta est de 4,77, ce qui traduit un risque de volatilité extrêmement élevé.
D-Wave Quantum (QBTS) mise sur la technologie d’ordinateur quantique à recuit, se distinguant de l’approche à ions piégés d’IonQ. Au T1 2026, QBTS a déclaré un chiffre d’affaires de 2,9 millions de dollars, en baisse de 81 % sur un an ; cependant, les prises de commandes ont bondi de 1 994 % à 33,4 millions de dollars, signalant une demande commerciale explosive. Le 15 juin, Mizuho Securities a relevé son objectif de cours pour QBTS de 29 à 35 $, tout en maintenant une recommandation "outperform". Selon S&P Global, 15 analystes affichent un consensus "fort achat", avec un objectif moyen de 36,84 $. Au 22 juin, QBTS s’échangeait autour de 24,47 $.
Rigetti Computing (RGTI) est spécialisée dans les processeurs quantiques supraconducteurs, proposant son processeur Cepheus-1-108Q à 108 qubits via des plateformes comme Amazon Braket, Microsoft Azure Quantum et qBraid, avec une fidélité médiane des portes à deux qubits de 99,8 %. Le chiffre d’affaires du T1 s’élève à 4,4 millions de dollars, soit environ trois fois plus qu’à la même période l’an dernier. Au 23 juin, RGTI valait 21,38 $, avec un plus haut intrajournalier à 22,475 $ et un plus bas à 20,405 $, pour une capitalisation d’environ 7,107 milliards de dollars. L’objectif moyen des 13 analystes est de 29,24 $, certains allant jusqu’à 15 $. Le ratio cours/valeur comptable de RGTI est d’environ 12,18x, et la société reste fortement déficitaire.
Quantum Computing Inc. (QUBT) est la plus petite des quatre en termes de capitalisation, à environ 2,377 milliards de dollars. Le chiffre d’affaires du T1 s’élève à 3,7 millions de dollars, contre seulement 39 000 $ un an plus tôt, avec une perte par action de 0,02 $—nettement meilleure que la perte attendue de 0,05 $ par Wall Street. Au 23 juin, QUBT a ouvert à 10,55 $, évoluant entre 10,45 $ et 11,30 $.
À l’échelle sectorielle, ces quatre titres ont progressé de plus de 50 % depuis fin mars 2026, portés notamment par l’annonce d’un investissement fédéral américain de 2 milliards de dollars dans le quantique. Mi-juin, le secteur a connu un rally collectif : QBTS +13 %, QUBT +12 %, RGTI +10 %, IONQ +6 %. Le 23 juin, à la suite de la signature par le président Trump d’un décret sur la technologie quantique, les échanges après clôture ont vu QBTS bondir de plus de 7 %, QUBT de plus de 5 %, RGTI de plus de 4 % et IONQ de plus de 3 %. L’interaction entre catalyseurs politiques et fondamentaux d’entreprise demeure la principale source de volatilité pour ce secteur en 2026.
Stratégies quantiques des Big Tech : une alternative d’investissement
Pour les investisseurs à la tolérance au risque plus faible ou cherchant une exposition diversifiée à l’informatique quantique, le rapport UBS met en avant une autre voie : investir dans les grands groupes technologiques comme IBM, Alphabet, Microsoft, Amazon et Nvidia.
Ces entreprises partagent plusieurs caractéristiques : l’informatique quantique ne représente qu’une partie de leur portefeuille d’activités ; leurs sources de revenus principales sont stables (cloud, puces IA, logiciels d’entreprise, etc.) ; et elles disposent de budgets R&D et de viviers de talents conséquents. IBM a annoncé son plan Blue Jay—déployer un système de 2 000 qubits logiques d’ici 2033. Google fait progresser les logiciels quantiques et la correction d’erreurs via Quantum AI. Microsoft propose des services cloud quantiques via Azure Quantum, et Nvidia mise sur la synergie entre systèmes quantiques et calcul classique accéléré par l’IA.
L’essentiel de cette logique d’investissement est le suivant : si la commercialisation de l’informatique quantique progresse plus lentement que prévu, les actions des Big Tech offrent une protection à la baisse ; si elle s’accélère, ces groupes sont également bien positionnés pour en profiter. En contrepartie, leur potentiel de hausse reste bien inférieur à celui des pure players quantiques.
ETF quantiques : performance en 2026
Pour les investisseurs souhaitant s’exposer à la thématique quantique via des indices, les ETF constituent une autre option. Le Defiance Quantum ETF (QTUM) a affiché une performance de 54,2 % depuis le début de l’année au 2 juin 2026—soit environ cinq fois celle du S&P 500 (11 %) et plus du double de celle du Nasdaq 100 (21 %) sur la même période. Ce fonds répartit de façon égale environ 70 à 80 titres suivant l’indice BlueStar Machine Learning and Quantum Computing, avec des frais de gestion de 0,40 %. En février 2026, les actifs de QTUM dépassaient 3,5 milliards de dollars et le fonds a obtenu cinq étoiles Morningstar. L’iShares Quantum Computing UCITS ETF (QANT) a enregistré une performance de 30,79 % depuis le début de l’année au 18 juin.
L’avantage des ETF est de diluer le risque d’exécution et de choix technologique lié à une seule action. En revanche, l’inconvénient est clair : la structure équipondérée de QTUM implique qu’il détient à la fois des actions purement quantiques très volatiles et des sociétés de semi-conducteurs plus stables, ce qui aboutit à un profil de rendement mixte.
Analyse des risques : valorisations élevées, incertitudes techniques et retard de commercialisation
La hausse des actions quantiques en 2026 repose sur un triple récit : percées technologiques, soutien politique et croissance du chiffre d’affaires. Toutefois, plusieurs facteurs de risque doivent être pris en compte d’un point de vue financier.
Décalage entre valorisation et chiffre d’affaires. Le ratio cours/chiffre d’affaires d’IonQ est d’environ 99x, et Rigetti affiche une capitalisation de 7,1 milliards de dollars pour 4,4 millions de chiffre d’affaires trimestriel. Même en supposant une croissance à trois chiffres du chiffre d’affaires, les valorisations actuelles reposent sur des hypothèses de croissance à long terme très optimistes. La prévision interne d’IonQ envisage une capitalisation de 65 milliards de dollars en 2030, mais ce scénario s’appuie lui-même sur une hypothèse de forte croissance sectorielle et comporte une grande incertitude.
Incertitude sur la trajectoire technologique. Les approches supraconductrice, à ions piégés, photonique et à atomes neutres évoluent en parallèle, et il reste à déterminer laquelle atteindra la tolérance aux fautes en premier. À l’ère actuelle du quantique à échelle intermédiaire bruitée (NISQ), les processeurs quantiques ne sont pas encore capables d’exécuter de façon fiable des algorithmes pratiques. Le chemin vers l’avantage quantique en 2039 est semé de défis d’ingénierie.
Retard de commercialisation. La prévision d’UBS pour 2039 laisse encore 13 ans devant nous. Durant cette période, ces entreprises devront poursuivre des investissements R&D massifs et des levées de fonds continues, tout en gérant la tension entre croissance du chiffre d’affaires et creusement des pertes. Le flux de trésorerie d’exploitation d’IonQ au T1 était négatif de 151 millions de dollars ; à ce rythme, la poursuite de l’activité dépendra de l’accès aux marchés financiers.
Forte volatilité boursière. Les actions quantiques affichent généralement des bêtas élevés—celui d’IONQ est de 4,77. Début 2025, la déclaration du PDG de Nvidia, Jensen Huang, selon laquelle "les ordinateurs quantiques pratiques sont encore à 20 ans" a provoqué une forte correction du secteur. Tout changement de politique, de technologie ou de flux de capitaux peut déclencher une volatilité intense.
Conclusion
La prévision d’UBS d’un avantage quantique en 2039 fournit une référence de long terme claire pour les marchés financiers. En 2026, IONQ, QBTS, RGTI et QUBT sont passés sous les projecteurs institutionnels en tant que pure players quantiques, tandis qu’IBM, Alphabet, Microsoft et d’autres géants technologiques offrent un profil risque/rendement distinct. La forte performance des ETF quantiques comme QTUM (54 % de rendement depuis le début de l’année 2026) confirme que l’intérêt de marché pour cette thématique s’intensifie rapidement.
Cependant, valorisations élevées, incertitudes techniques, horizon de commercialisation lointain et volatilité extrême des cours restent des contraintes majeures pour cette thématique d’investissement. La question de savoir si l’informatique quantique atteindra réellement l’avantage quantique d’ici 2039—et quelles entreprises en bénéficieront au final—ne trouvera de réponse que dans plus d’une décennie. Pour les investisseurs, l’essentiel est de distinguer le "récit" des "fondamentaux", et de prendre leurs décisions d’allocation en fonction d’une compréhension approfondie des risques et de leur propre tolérance au risque.




